Morvan Lebesque

Morvan-LebesqueMaurice Lebesque, dit Morvan Lebesque, né à Nantes le 11 janvier 1911 et mort à Rio de Janeiro le 4 juillet 1970, est un journaliste et essayiste français. Il est issu d’origine très modeste, son père est un vendeur de rue et sa mère sort de l’orphelinat à l’âge de 16 ans. Il rentre en 1919 au lycée Clemenceau de Nantes où il bénéficie d’une bourse. Une inscription figurant au musée Dobrée de Nantes provoque un déclic en lui « An dianav a rog ac’hanoun » (l’inconnu me dévore) et il commence à s’intéresser à l’histoire de la Bretagne.

En 1928, il rejoint le Parti autonomiste breton (PAB). Lors de la rentrée scolaire de 1929, après avoir décroché son baccalauréat, il est nommé comme instituteur à Saint-Joachim, commune de Brière située entre les estuaires de la Loire et de la Vilaine. Mais dès le 8 mars 1930, dans un article publié dans Breiz Atao, il critique les conditions dans lesquelles il exerce son métier et prend pour cible l’école de la Troisième République. Le 15 mars, il reçoit une lettre l’informant de sa révocation de l’Éducation nationale.

Il intègre la rédaction de Breiz Atao et y écrit des revues de presse, une chronique sur la vie culturelle bretonne ainsi que des articles généralistes. Il est alors en contact avec un certain nombre d’artistes et d’intellectuels bretons, du mouvement des Seiz Breur au courant littéraire Gwalarn. Il quitte Rennes et cesse ses activités au sein du PAB à la fin de l’été 1930. En mars 1931, il rejoint le Parti nationaliste breton intégral (PNBI) de Théophile Jeusset, d’idéologie antisémite et royaliste. Dès décembre 1931, il ne participe plus aux congrès du parti.

En 1932, il monte à Paris. Il commence à travailler pour des journaux qui l’envoient comme correspondant en Bretagne le temps d’un reportage. Détective l’embauche en 1936 pour un travail sur le groupe armé Gwenn ha du qui, après leur attentat du 7 août 1932 à Rennes contre la sculpture symbolisant l’union de la Bretagne à la France, a lancé en mars 1936 des bombes incendiaires contre les préfectures de la région. Il rencontre à cette occasion des cadres du mouvement breton de l’époque comme François Debeauvais, François Vallée ou Goulven Mazéas, et plusieurs membres clandestins de Gwenn ha du. En 1937, il écrit aussi pour Voilà des articles en lien avec la politique et la culture en Bretagne. Appelé sous les drapeaux au début de la Seconde Guerre mondiale, il intègre à Bordeaux une école pour élèves officiers d’artilleries. De cette époque, il tire l’inspiration pour un roman, « Soldats sans espoir ».

Il est démobilisé au cours de l’été 1940 et remonte à Paris où il rencontre par hasard Olier Mordrel. Ce dernier lui parle de son projet de création à Rennes d’un journal, L’Heure bretonne. Pendant l’occupation à Paris, il devient le secrétaire d’Alain Laubreaux, ce qui lui ouvre les portes du milieu littéraire et journalistique de la capitale, Il collabore au Petit Parisien. C’est dans ce journal qu’il fait la connaissance de Jules Rivet, ancien directeur du Canard enchaîné. Via le futur administrateur de la Comédie-Française Jean Sarment il rencontre Charles Dullin. C’est lors d’un diner chez ce dernier que Lebesque rencontre le 5 juin 1944 Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, ainsi qu’Albert Camus. C’est aussi grâce à Laubreaux qu’il rentre à Je suis partout où il rencontre des auteurs prestigieux comme les futurs académiciens Henry de Montherlant ou Michel Mohrt.

Il est embauché comme lecteur aux éditions Robert Laffont en 1945 où il retrouve Michel Mohrt, avec lequel il partage un certain goût pour l’histoire de la Bretagne. Il y publie en 1947 son premier roman, Soldats sans espoir, qui remporte le prix du cercle critique. Il quitte son poste chez Laffont en 1948 au moment de la prise d’intérêts dans l’entreprise par René Julliard.

Il retrouve une activité de journaliste en rentrant comme secrétaire de rédaction à Carrefour en 1949, où il reste jusqu’en 1960, et où il se cantonne aux domaines artistiques. Il poursuit aussi cette activité de critique à L’Express où il traite du cinéma et de la télévision. Il signe aussi quelques articles pour les Cahiers du cinéma, et est régulièrement invité de l’émission Le Masque et la Plume sur France Inter.

Lebesque rentre au Canard enchaîné en 1952. Il écrit de nombreuses articles sur la guerre d’Algérie, niant la mission civilisatrice de la France dans ce pays, et critiquant tant les attentats du FLN que le recours à la torture côté français. En 1961, il revient aussi sur son passé raciste lors de son passage au PNB, et qualifie cette idéologie de « défaillance de l’esprit ». Il reprend peu à peu contact avec le mouvement breton dans la seconde moitié des années 1960, essentiellement via des rencontres en région parisienne. Meavenn qu’il connait depuis la fin des années 1920, et qui est depuis devenue une figure de l’intelligentsia parisienne, l’invite à contribuer à la revue Ar Vro qu’elle vient de reprendre avec Xavier Grall et Gwenc’hlan Le Scouëzec. Lebesque aide financièrement le journal satirique La Nation bretonne lancé par « les 3g », Glenmor, Grall et Guel, qu’il connaît depuis les années 1960 pour les avoir fréquentés dans le restaurant Ty Jos, le bar breton de la capitale.

En 1970, il publie « Comment peut-on être breton ? » qui devient rapidement un succès d’édition. Il meurt le 4 juillet 1970 d’une crise cardiaque à Rio de Janeiro au Brésil, au cours d’une tournée de conférences sur la culture bretonne. Son corps est rapatrié en France, et l’enterrement a lieu à Nantes où son cercueil est recouvert d’un Gwenn ha Du. Aux côtés de la famille, se rassemblent des amis du Canard enchainé ainsi que des intellectuels parisiens, et des personnes issues du mouvement breton.

 

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