Le granite de l’obélisque

paris-place-concorde-obelisque-luxorL’obélisque de Louxor est un obélisque provenant à l’origine du temple de Louxor en Égypte, érigé depuis 1836 au centre de la place de la Concorde à Paris dans le 8e arrondissement. Il est classé au titre de monument historique depuis 1936.

Or, le piédestal de l’obélisque est réalisé en blocs de granite rose de l’Aber-Ildut, un des trois abers du Léon, dans le Finistère. L’obélisque mesure 23 mètres de hauteur et pèse 222 tonnes, auxquelles il faut ajouter les 208 tonnes du piédestal, composé de 5 blocs.

Une seule roche, située dans le port de l’Aber-Ildut, devait fournir trois blocs du piédestal, à savoir le dé, la corniche et l’acrotère. Par contre, la base et le socle allaient être extraits chacun d’une carrière différente, à environ «une demi-lieue de l’Aber», en bordure de mer. « L’ Annuaire de Brest et du Finistère » daté de 1836 rapporte un ensemble de précisions intéressantes : « La densité du granite étant 2,7, les 5 éléments du piédestal se répartissent de la manière suivante : le socle (16 m3) pèse 43,200 tonnes ; la base (11,424 m3) d’un poids de 30,871 tonnes ; le dé (37,632 m3) soit 101,606 tonnes ; la corniche (6,945 m3) soit 18,781 tonnes ; enfin, l’acrotère (5,100 m3) soit 13,770 tonnes : au total 208,228 tonnes.

Extraction et façonnage : Toujours selon l’ «Annuaire de Brest et du Finistère», après avoir formé une rainure au marteau, on faisait une série de trous très rapprochés, de plusieurs mètres de profondeur avec des barres à mine de 6 à 7 cm de diamètre. Des coins de fer enfoncés à coups de masse dans ces trous permettaient alors de fendre le granite suivant les lignes tracées. Après un dressage soigné, les aspérités de la surface étaient détruites par frottement «avec du sable de grès au moyen de gueuses en fonte». La dernière opération qui allait donner tout son brillant au granite, consistait à employer un émeri très fin avec des bouchons de toile.

Transport : C’est le bateau le « Luxor », celui-là même qui avait conduit l’obélisque d’Egypte à Paris, qui va servir. Le plus difficile reste encore à accomplir : embarquer les cinq blocs du piédestal à bord du navire. L’avant du navire est scié et remisé à proximité. Les cinq blocs sont posés sur un ber. Le 5 septembre 1835, au signal donné, 120 hommes, virant au cabestan, amènent le ber avec ses cinq blocs, réunis par ordre de pose, à l’intérieur de «Luxor», à la même place qu’avait occupé l’obélisque. Puis l’avant du bateau est remis en place. Quelques jours après, «Le Luxor» flotte avec son lourd chargement dans la rade de l’Aber-Ildut, pris en remorque par le navire à vapeur «Le Sphinx». Le 7 octobre, il est conduit au Havre, puis de là acheminé à Rouen, et enfin jusqu’à Paris où il mouille le 15 décembre en aval du pont de la Concorde.

Louvre-obelisque À l’origine, comme son alter ego de Louxor, l’obélisque reposait sur une base carrée décorée de seize babouins dressés sur leur pattes arrière et dont le sexe en érection est bien visible. Pour ne pas choquer la société française prude du XIXe siècle, cet élément ne fut pas installé place de la Concorde, on peut le voir à la section des antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

crédit photo babouins du louvre © mitafe 

Cette épopée a fait l’objet d’une exposition  « Le Voyage de l’obélisque. Louxor/Paris (1829-1836) » au musée national de la Marine, place du Trocadéro (16e) du 12 février au 6 juillet 2014.

 

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