Jakeza Le Lay « Le Parnasse breton, un modèle de revendication identitaire en Europe »,

Quand l’Hermine voulait sauver l’âme bretonne …

La Larurionnaise Jakeza Le Lay publie un ouvrage sur un thème riche et passionnant, mais jamais encore défriché et décrypté, le Pamasse breton. Elle étonne et, parfois, elle déroute. Jakeza Le Lay a l’art de surprendre et de briser les stéréotypes. Sous des airs sérieux, se cache une femme spirituelle et infiniment drôle. L’indépendance d’esprit la caractérise aussi. C’est dans sa nature, elle préfère s’extraire des sentiers battus et garde ses distances avec le prêt à penser. Pas surprenant qu’elle ait engagé un colossal travail de recherche et d’écriture sur un sujet encore à peine effleuré « Quand j’étais étudiante en lettres modernes, j’ai voulu m’investir sur un sujet inédit, à savoir la littérature bretonne et française du XlXe siècle, avec en toile de fond le thème de la décentralisation culturelle », confie-t-elle, Cette thèse de doctorat lui a servi de fil conducteur pour fournir un livre érudit et très fouillé. Préfacé par Mona Ozouf, il met en lumière un courant littéraire dont on n’avait pas encore mesuré la résonance et le poids historique.

Le Parnasse breton

Le sujet du Parnasse breton était tout trouvé pour l’actuelle professeur de breton et de français au lycée Bossuet; insatiable curieuse d’esprit. C’est à Nantes où nombre d’écrivains revendiquent leur bretonnitude qu’elle a eu le déclic. Elle s’est penchée tout d’abord sur l’oeuvre de leur chef de file, le dramaturge Louis Tiercelin. « Ses pièces étaient jouées à l’Odéon, à l’Opéra de Paris, à la Comédie-Française, mais aussi en Nouvelle-Zélande et partout en Europe », rapporte Jakeza Le Lay. Aux Etats-Unis, en mission à l’université de Gettysburg, l’érudite a été sidérée par le nombre d’ouvrages de cette mouvance qu’elle a retrouvés.

Une littérature des régions

A l’époque, cette littérature bretonne souffre d’un déficit d’image au pays tandis qu’elle est reconnue et appréciée à Paris. En 1889, Louis Tiercelin et son acolyte guingampais, le compositeur Joseph-Guy Ropartz, publient l’anthologie des Parnassiens bretons. « C’est le manifeste, appuie Ia Trégorroise. Il atteste de l’existence d’un mouvement littéraire et culturel en Bretagne. D’inspiration poétique, il rassemble 96 membres, des poètes et écrivains auxquels se greffent des historiens, des collecteurs et des musiciens. S’y côtoient La Borderie, Anatole Le Fustec, Charles Le Goffic, La Villemarqué, François-Marie Luzel… « Il s’agit aussi d’un engagement identitaire, insiste l’auteur, qui aspire à fédérer l’intelligentsia et les talents bretons. » Cent ans après la Révolution, en réaction au rouleau compresseur de l’uniformisation et du centralisme, et sous l’impulsion du Parnasse breton, émerge une littérature des régions, décomplexée.

L’Hermine, revue de haut niveau

Le Parnasse breton est même à l’origine d’une revue qui fera date, l’Hermine, publication de haut niveau qui traite de l’actualité, de poésie, de théâtre, de l’agenda culturel. « Elle promeut le bilinguisme et propulse la langue bretonne dans sa créativité », insiste celle qui a enseigné à la faculté de Rennes et écrit régulièrement pour des revues universitaires, dans les annales de Bretagne et a travaillé pour Ie dictionnaire Le Robert. Vendue en Bretagne, l’Hermine l’était aussi en Belgique, à Londres ou Paris. On y retrouvait un magnifique assortiment d’auteurs bretons de langue française ou d’écrivains bretonnants, avec parfois même des articles en anglais.

« Pro-européens et avant-gardistes »

« Je me suis régalée à les lire. Ils étaient romantiques, prônaient le droit à la différence et mettaient en garde contre le matérialisme. » Avec une précision qui vivifie le texte, Jakeza restitue l’aventure de ce panthéon où se mêlaient tout autant des catholiques, des socialistes, des royalistes ou encore des druides qui avaient pour seule vraie bannière l’amour de la Bretagne et un idéal. « Ils ont travaillé de concert pour sauver l’âme bretonne mais aussi pour une fédération des identités. Ils étaient pro-européens et avant-gardistes.»

 

On tient là un livre de littérature, d’histoire, mais aussi de réflexion, rattrapée par l’actualité à l’heure de la mondialisation et des revendications identitaires.

 

article Le Parnasse Breton – le Tregor 11 juin 2015

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« Le Parnasse breton, un modèle de revendication identitaire en Europe », de Jakeza Le Lay, éditions l’Harmattan. 260 pages, 25 euros.

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