La Poule Coucou

Docteur-RameEdmond Ramé, autour de 1880, fils de grands propriétaires et négociants rennais, se promène dans la campagne aux alentours de Rennes et fait la découverte d’un gallinacé auquel il va consacrer sa vie : la Poule Coucou de Rennes. Il décide alors de le sélectionner et de créer un standard de race. Il arpente les routes de Bretagne, en calèche, à la recherche des plus beaux sujets. Passionné d’agriculture, original et humaniste, ce docteur en médecine consacrera sa vie à la sélection, avec la volonté d’offrir aux bretons une bonne race locale. C’est lui qui va façonner et donner ses caractères originaux à ses volailles, autour de son manoir au Grand Corcé, à Nouvoitou, où il résidera une grande partie de sa vie.

1850 : On trouve les premiers écrits sur la Coucou dans la littérature à partir de 1858 grâce à Charles Jacques dans son ouvrage « le poulailler », puis dans un bulletin de la Société d´acclimatation qui la nommait alors poule « ombrée-coucou ».

En 1900, le Docteur Ramé présente ses volailles lors de l’exposition universelle internationale qui a lieu à Paris. Il y rencontre un immense succès. En 1903, notre passionné expose de nouveau sa poule Coucou de Rennes (de couleur claire) et l’Ombrée de Rennes (la même race en plus foncée). La Coucou obtient alors la primauté sur les autres races, c’est son heure de gloire. Elle est présentée dans la cage d’honneur du concours général agricole de Paris* et considérée comme “Meilleure race française”.

La Coucou de Rennes est homologuée le 31 mars 1914 par la création du standard officiel de la race, c’est une volaille fermière lourde et rustique, réputée pour sa chair savoureuse et ses œufs, particulièrement appréciée sur les marchés. On dit même qu’il « n’existe pas de poulailler breton qui ne possède quelques poules de cette race ».

Les ambitions d’Edmond Ramé sont couronnées de succès. Il continuera ensuite à vulgariser son travail bien au-delà de nos frontières. Malgré cela, le succès de la poule Coucou s’estompe après la Seconde Guerre mondiale, en raison de l’arrivée de races mixtes plus performantes. De souches anglaises et américaines, les concurrentes séduisent par leur croissance plus rapide et leur spécialisation (chair ou ponte). Après avoir connue la gloire, la poule Coucou s’éteint peu à peu et frôle l’extinction. Sur le territoire national, pas moins d’une vingtaine de races vont ainsi disparaitre (Barbezieux, Blansac, Caussade, Coucou de France, Gaconne, Janzé, Le Mans, etc…).

En 1988, l’Ecomusée du pays de Rennes s’intéresse au sort de cette ancienne poule bretonne. Une dizaine de sujets sont retrouvés dans le Maine-et-Loire… La race est ainsi sauvée de la disparition in extremis ! Des éleveurs amateurs soucieux de conserver cette volaille se réunissent en 1989, ainsi naît le club national des éleveurs de volailles de races bretonnes.

En 1993, l’Inventaire national des produits des terroirs est lancé à l’initiative du ministère de l’Agriculture et du Conseil national des arts culinaires. En Bretagne, la Coucou figure maintenant parmi les produits du terroir remarquables, à côté du haricot Coco de Paimpol et du melon Petit gris de Rennes.

Avec l’aide de la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine, en 1997, une douzaine d’éleveurs créent l’Association des producteurs de poulets Coucou de Rennes. 30 000 volailles sont produites chaque année par des éleveurs professionnels qui respectent un cahier des charges draconien (élevage à l’air libre, alimentation traditionnelle, etc.).

Les amateurs de bonne chaire peuvent de nouveau se procurer la précieuse volaille sur les marchés, chez certains bouchers, sans oublier les restaurants qui la proposent à leur menu.

En juin 2012, La Poste a même émis un timbre à l’effigie de la Coucou, diffusé dans un collector régional intitulé “La France comme j’aime”.

* Le concours général agricole (CGA) est un concours français organisé dans le cadre du salon international de l’agriculture de Paris. Il est divisé en quatre concours distincts : animaux, produits, vins et jeunes professionnels. Organisé sous le contrôle de l’État français afin d’en garantir son impartialité, le CGA distribue des récompenses qui consistent en diplômes de médailles d’or, d’argent ou de bronze. Le symbole de la récompense, déposé à l’Institut national de la propriété industrielle, est une feuille de chêne.

poule_rennes_BNF

 

 

 

 

 

 

 

 

Couverture du journal « la vie à la campagne » 15 août 1908  © BnF

Vient de paraître  : « La Poule Coucou de Rennes » patrimoine vivant de la Bretagne, de François de Beaulieu – Photographies : Hervé Ronné et Alain Amet, Format : 22 x 28 cm, 128 pages, prix : 18 €

 

Vous aimerez aussi...